Tout d’abord, je sais qu’Alexandre et moi avions annoncé une rencontre sans cérémonie. Ça le demeure. Mais permettez-moi de vous dire ces quelques mots.
Nous vous remercions tous, famille et amis, d’être ici aujourd’hui. Et ma mère vous remercie également : vous le savez, elle n’a pas suffisamment la forme ni l’énergie pour être ici avec nous. Mais nous savons qu’elle partage ce qui suit.
Le 19 octobre dernier, nous avons perdu notre chêne, cet arbre si magnifique et si solide, mais pas éternel, comme nous l’apprenons si brutalement. Mais plus que ça. Alex et moi avons perdu notre papa. Maman a perdu son compagnon des quarante-quelques dernières années. Béatrice, Juliette et Maxence ont perdu leur Papi.
Que ce soit Papi-rénovation, Papi-taxi, Papi-taquin, Papi tout court. Michel, c’était Michel. Notre Michel, votre Michel. Il a touché tellement de gens!
Laissez-moi vous raconter quelques témoignages :
- Marie-Eve qui me raconte « l’eau qui fait rire » : quand j’étais petite et que j’allais chez ta mère et Michel, à chaque fois que je prenais une gorgée il me faisait une grimace, sans que personne le voit. Et je riais, donc, il disait, ça doit être l’eau qui fait rire.
- Chantal, la superbe propriétaire du Bistro Mexicain, avec qui j’ai ri et pleuré cette semaine, et une ancienne élève de Michel, dans les années 80. Un jour, j’ai dit à Chantal « Toi et moi, on a quelqu’un en commun. » Quand je lui ai dit que j’étais la fille de Michel, elle a eu les larmes aux yeux, m’a pris les deux mains et a dit « Michel, c’est grâce à lui que je suis rendue ici aujourd’hui. » D’ailleurs, voici ce qu’elle m’a dit il y a quelques jours : « Michel m’a beaucoup aidée dans mon passage le plus difficile de ma jeunesse et il va toujours rester dans mon cœur. »
Les qualificatifs sont tellement nombreux pour décrire Michel : mon travailleur social!, notre Mike!, le Papi des enfants de la rue Maurice-Duplessis à Aylmer, le meilleur prof ever! « Oh my god, Michel Aubin c’est ton père! Chanceuse, tellement un excellent prof ».
Depuis mercredi le 19, j’ai moi aussi des anecdotes qui reviennent sans cesse : quand on était au primaire, Alex et moi, autant l’avouer, on n’était pas de très grands sportifs. Donc, pas très performants. Donc, choisis toujours parmi les derniers. À l’époque, à l’école St-Paul, à Aylmer, on jouait surtout au ballon chasseur dans la cours d’école. Et on se décourageait de ne pas performer. Faut dire que, académiquement, on était pas mal forts! Mais côté cours d’école : Ouf…
Michel a passé des soirées complètes à nous apprendre à lancer le ballon de plus en plus fort. Il nous a appris à jouer au hockey et au baseball. Tout ça avec une patience infinie, et un amour encore plus grand.
Pour vous rassurer : nous sommes rapidement devenus des forces au ballon chasseur. Déjà en 6ème année, on était parmi les « forts ». Et que dire quand je suis arrivée à St-Jo en Secondaire 1 : une vraie terreur du ballon!
Autre chose : au primaire (et encore aujourd’hui), j’étais très poche en arts plastiques. Je détestais ça! Entourée de ma mère, de Michel et de mon frère qui eux, excellaient du crayon, moi, pas capable d’aller plus loin que des bonhommes allumettes! Combien de fois, Michel a terminé (ou carrément FAIT!) un de mes devoirs en arts, tout simplement pour m’encourager et m’aider à avoir de meilleures notes.
Quand Alex s’est cassé la jambe lors de la dernière journée de cours en secondaire 5 : tsé : plutôt que d’aller à la bibliothèque pendant le cours de français, il décide d’aller jouer au soccer avec les boys de St-Alex. Vous ai-je dit que nous n’étions pas trop sportifs? Bin kin!
Qui Alex a-t-il appelé? Michel. C’est lui qui est allé le chercher à l’école et l’a amené à l’hôpital, en disant à Maman : « bof, il s’est foulé la cheville on va juste aller passer des tests à l’hôpital. » Tout ça pour ne pas énerver ma mère, qui on le sait, fait un peu d’anxiété.
Michel c’est cela : protéger et aider les gens qu’il aime.
Dans un futur-plus-que-parfait, je parlerais encore de lui au présent. Mais mon futur est maintenant imparfait. Je vais composer avec le passé, qui me permet d’affronter le présent et me préparer pour ce futur imparfait.
Des témoignages de la sorte, je pourrais vous en livrer pendant des heures. Et je suis certaine que vous en avez aussi à dire.
Aujourd’hui, Alex et moi avons chacun notre famille, dont nous sommes très fiers. Mimi, Béa, Juju et Maxou, chacun de nous allons toujours porter un gros morceau de notre Michel en nous, et avec fierté.
Michel, c’était un « magnet » d’enfants et d’ados! Combien de fois Valérie et Christian, pas aujourd’hui, mais quand ils étaient enfants, se sont servis de Michel comme trampoline et sautaient sur lui, sans que Michel ne se tanne! Combien de jeunes ados se sont confiées à lui?
En cherchant des photos de Michel, elles sont nombreuses et tellement à son image! Souriant et grimaceur, mais surtout, entouré des siens. Ce qui m’a frappée et que je n’avais pas vraiment remarqué avant, c’est l’intensité du regard entre lui et chacun de ses petits-enfants, peu importe leur âge. De Béa naissante à Maxou à 9 ans, ce sont 17 ans de pur bonheur, de confiance et de complicité totale entre lui et les petits et grands enfants.
Aujourd’hui j’en veux à la vie, et je suis certaine ne pas être la seule. Oui, on se console en se disant que Michel est parti en douceur : le chêne est tombé sans bruit et sans fanfare, mais en gardant ses racines bien ancrées. Du Michel tout craché. Pour ne pas déranger. Oui, j’en veux à la vie. Parce que j’ai mal. Parce que j’ai très mal depuis mercredi le 19 octobre. J’aurais voulu que la vie me prépare à cette épreuve. Mais surtout, j’aurais voulu que la vie me donne la chance de dire à Michel que je l’aime.
J’aurais voulu lui dire que comme Papa il est exceptionnel, que comme Papi il est hors pair. Béa a un lien avec son Papi (et sa Mamie) qui dépasse tout ce que l’on peut imaginer. Son Papi c’est son grand amour (désolée Mik!). Comme il a été celui de Maman. Comme il a été le meilleur papa qui soit pour Alex et moi.
Michel a rejoint le paradis des bricoleurs. Mais surtout, je suis certaine qu’il nous regarde en fronçant le sourcil droit (pas capable de l’imiter!), et doit être fier (et gêné en même temps) d’avoir attiré autant de monde.
Encore plus, de son paradis des bricoleurs, il doit être terriblement mal à l’aise de nous laisser avec une peine aussi immense. En vous disant cela, fermez les yeux, imaginez son sourire et dites-vous qu’il veille sur nous… Pour toujours.
Je terminerai avec ce proverbe : les morts ne sont vraiment morts que lorsque les vivants les ont oubliés.
Michel….enligne-toi, tu ne seras pas oublié de sitôt….
Michel, Papa, je t’aime

4 janvier 1999 – coup de foudre en Papi et Béa

Souper chez Philippe (© Philippe Lefebvre), au 19 d’Amour.
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